D’Ozon au Pesquié

    ou la construction d’un monatère en terre ariègeoise

    P7, travaux2

    1990

    Après 15 mois de recherches et la visite de plus de cent propriétés en Ariège, c’est le 21 septembre 1990, jour anniversaire de Notre Mère fondatrice, Madame Immaculata de Franclieu – elle aurait eu 100 ans ! – que nous entendons parler du Pesquié pour la première fois.

    Mère Immaculata Astre, abbesse actuelle, écrira :

    “Au loin se détache par les beaux jours un pic de deux mille mètres d’un massif au nom chrétien de Saint-Barthélémy. Les plus grands pics sont cachés par une première crête qui semble garder la propriété comme une enceinte. La chaîne noble, éminente, nous ne la voyons pas, mais nous la connaissons. Nous savons, au sens de goûter, sa présence proche, quoique invisible. Cette modestie d’un site beau mais qui a su s’interrompre au moment où il aurait pu franchir le pas du grandiose, un site ouvert, mais blotti dans les limites de sa réserve plein de bon goût, cette espèce de retenue modeste du site n’est-elle pas à l’image de notre vie?”

    (Hymnaire des jours)

     1991

    Le chantier commence, et Notre-Mère Marie-Bernard envoie sept pionnières sous la conduite de Mère Immaculata Astre, aujourd’hui Mère Abbesse du Pesquié. “Me voici, ô Dieu, pour faire ta volonté” dit la lecture du jour, 29 janvier. Ce jour est l’anniversaire de celui où Marie Cronier entendit en 1883 le Seigneur lui dire “Sors de ton pays et de la maison de ton père et viens dans la terre que je te montrerai, bâtis-moi une demeure spirituelle”.

    P8, travaux1En février, les moniales dépiquent les murs intérieurs, mettant à jour de belles cloisons en pierre granitique ; elles ont vidé l’étable du fumier et nettoyé au karcher! L’escalier du relais de chasse est déplacé provoquant démolitions et reconstructions. Les charpentiers venus des Hautes-Pyrénées travaillent sur le toit de l’oratoire par un froid glacial. Une troupe de routiers commence le défrichage.

    En Mars, les opérations se poursuivent : tuiles, canal, carreaux, linteaux… Dépiquage et brossage des pierres des façades, travaux de rejointoiement des murs et des façades avec un mélange de chaux et de sable. Ouvrage minutieux accompli par les moniales, qui demandera des mois.

    P8, tavaux2

    En juin, les premiers outils agricoles arrivent après les derniers foins ramassés à Ozon. Le jour même Mère Immaculata et Mère Agnès labourent le potager puis le champ des Chênes, puis nous faisons les premiers foins : cinq cent balles rondes qu’il faudra ranger sans hangar… Redessiner les parcelles, dessoucher des haies, capter et canaliser la source…

    “L’arrivée de ce matériel nous fait prendre conscience de manière encore plus profonde d’une réelle transplantation vécue dans la foi. Tant de souvenirs sont liés à ces outils des foins et du travail de la terre qui évoquent pour nous des heures de labeur, et aussi de joie goûtées ensemble à Ozon. Mais dès le premier sillon nous retrouvons cette joie toute simple au contacte d’une terre qui désormais est la nôtre.”

    Le 30 Septembre débute le chantier de la ferme. En octobre les premières génisses font leur arrivée au Pesquié, puis en décembre c’est la plantation du verger mûrement réfléchie : quarante-deux arbres, puis cinquante-deux.

     1992

    En février, à la ferme, la porcherie surmontée du garage est sortie de terre, puis montent à leur tour les murs du bâtiment de la laiterie, salle de traite, fromagerie et bureau.

    P9, travaux1En mars, par tous les temps nous préparons le terrain et plantons huit cents mètres de haie bocagère. La réfection des poutres anciennes nécessaire pour refaire le toit de la maison. Dès que les travaux de l’entreprise Cuminetti le permet, nous commençons les peintures. L’une de nous se révèle experte dans la pose de carrelages et des faïences. La maison dite “du jardinier est en cours de restauration, ainsi que la grange qui va devenir la prochaine chapelle.

    Le but immédiat est l’emménagement des moniales qui habitent à Saint Jean de Verges et désirent ardemment fixer leur stabilité au Pesquié après dix-huit mois d’allées et venues!

    Le 4 juillet, Monseigneur de Monléon bénit l’autel et le tabernacle de l’oratoire, puis célèbre la messe de Marie, source du Salut, Notre-Dame du Pesquié.

    Depuis cette heure, le Seigneur habite cette terre. La vie monastique s’inaugure en ce lieu. C’est ainsi qu’un monastère est fondé.

    Mais les semaines qui suivent se passent en aménagements, rangements, nettoyages “infinis” car nous vivons encore en plein chantier. La grue est toujours devant la porte.

    De nombreuses troupes de scouts de toutes obédiences mais d’une semblable générosité nous rendent de grands services tout au long de l’été. Des messes et une veillée mariage rassemblant indistinctement toutes leurs formations ont été des temps forts et inoubliables de cette période.

    Le 9 décembre, c’est la fête de l’arrivée du troupeau d’Ozon à la ferme du Pesquié. Nous sommes désormais quatorze moniales qui allons “cheminer doucement au pas du troupeau devant nous” (Gn 33,14).

    “Pas bovins un peu hésitant : soudain les bâtiments palpitèrent d’un souffle ; la ferme avait une âme, son âme de vie simple et rassurante. A l’heure de la première traite, quelle joie d’entendre soudain les appels des veaux qui réclament leur lait! C’est vraiment le signe que le Pesquié devient notre terre, notre héritage.”

    Noël : le Père de Santo Tomas concélèbre la première messe de minuit au Pesquié. Nos musiciennes suppléent à la modestie du petit orgue de quatre jeux en jouant qui de la flûte à bec, qui du hautbois et même d’un “rossignol” inventé par l’ingéniosité de Mère François d’Assise.

     1993

    A partir du mois d’avril nous sommes seize moniales. A l’Ascension, nous faisons la connaissance du Père Bonino qui revient au cours de l’été et nous dispense un cours sur la Trinité. Il prend le relais des amis dominicains qui ont toujours aidé le monastère.

    Au cours du mois d’octobre quelques ruches arrivent d’Ozon. Nous recevons cette année des dons très généreux, dons munificent de la Providence qui illuminent notre horizon et signes qu’il faut entreprendre les travaux dirigés par Monsieur Gigou notre architecte et Monsieur Vellas.

    1994

    P9, travaux3En octobre c’est donc un nouveau chantier qui commence, placé sous le patronage de Notre-Dame du Rosaire. Objectifs : restauration de la grange qui deviendra chapelle en attendant la construction de l’église ; restauration d’une autre grange qui deviendra le chapitre ; édification du cloître qui reliera l’une et l’autre ; construction de l’aile ouest.

    “Les constructions commencent parfois par des démolitions. Il faut abattre pour édifier. C’est ainsi qu’un matin au sortir de la Messe, nous trouvâmes le platane couché et sa sève ne saignait pas du tout, mais était rose. On l’avait abattu avec courage alors que nous célébrions le grand sacrifice de l’Agneau immolé, offert. C’était un vendredi. Certes, il n’était qu’un arbre, un seul arbre parmi les arbres, un platane de deux cents ans. Si l’Agneau est mort offert sur le bois, il est juste qu’un jour aussi le bois brûle dans le sacrifice.”

    (Hymnaire des Jours)

    Ce platane a fourni le bois des bancs qui courent tout le long du chapitre.

     

    1995

    L’inauguration de la chapelle peut avoir lieu le 8 décembre, alors que les ultimes préparations sont achevées quelques jours avant : pose des fenêtres, portes, vitres, stalles… Le 14 décembre, sainte Thérèse dont les reliques parcourent l’Ariège cette semaine, vient visiter le Pesquié et sanctifier sa chapelle toute neuve!

    A Noël, nous inaugurons notre nouveau réfectoire qui prend la place de l’ancienne chapelle et la bûche pourra flamber dans une cheminée édifiée en quelques jours.

    “En ce joli mois de Mai qu’habite la joie pascale je le redirai : le bonheur se construit. Et nous avons le droit d’en édifier les pierres alors que s’élèvent les murs des nouvelles constructions. Ils s’élèvent, roses, en briques de terre qu’il faudra crépir ou par endroits revêtir de parements de pierres. Et parallèlement se construit sans parements le bonheur brut tels ces murets dressés à la montagne le long des champs, remparts des pauvres, chemins des brebis.”

    (Hymnaire des jours)

    1997

    20 et 21 Septembre, le Père de Santo Tomas procède à la bénédiction de notre nouvel orgue de quatorze jeux, de facture allemande, construit par J. Daldosso. Wilhem Jansen, Michel et Yasuko Bouvard l’inaugurent dans une ambiance chaleureuse et familiale.

    Le 7 octobre, le jubilé d’argent de Mère Immaculata Astre, alors Prieure du Pesquié et aujourd’hui Mère Abbesse, est une jubilation de tout le Pesquié et des amis des commencements.

    “Je crois pouvoir témoigner de la vérité entière et forte de cette règle d’or : il est possible d’habiter ensemble avec des frères que l’on aime, dans un amour réciproque, avec cette ferme espérance que nous allons ensemble vers la gloire.  Le monastère peut devenir “paradis” à cause de ces liens profonds enracinés dans un commun amour préférentiel du Christ. Et les amis participent mystérieusement à cette réussite car le monastère ne saurait se refermer sur lui-même.”

    Il faudra plusieurs semaines pour venir à bout de la poussière, et des travaux de finition et d’aménagement. Mais nos efforts sont largement récompensés quand, au mois de décembre, commencent à arriver les premières anciennes et leurs infirmières. Fin 1997, nous sommes vint-neuf. Trente-six restent encore à Ozon. Mais toutes viendront passer Noël au Pesquié, y restant quelques jours.

    1998

    Dans le courant de l’été notre nombre atteint quarante-quatre, car fin juillet début août, Notre Mère organise le transfert des “relieuses” et de l’atelier de reliure ce qui déclenche au Pesquié des déménagements en chaîne.

    Au mois d’août, nous enregistrons le disque de l’Agneau de Dieu avec Rolandas Muleika.

    Le 2 Septembre, les premiers coups de pelle ouvrent l’enclos du potager primitif, le chantier de la roseraie est ouvert pour construire une aile d’une vingtaine de cellules permettant de loger les moniales qui restent encore à Ozon. Le 11 septembre, tandis que les travaux de fondations se poursuivent, Mère Marie-Elisabeth entre dans la paix et la lumière de Dieu, elle est la première à reposer dans notre petit cimetière et le monastère prend racine au ciel.

    Le 9 décembre, les poules arrivent dans un poulailler neuf, une pimpante maisonnette verte et blanche!

    1999

    Le 26 mars, les dernières moniales encore à Ozon arrivent au Pesquié pour ne plus en repartir. Les travaux ne sont pas terminés, toutes les cellules ne sont pas encore habitables, mais il est bon maintenant que nous participions toutes ensemble à cette ultime étape du chantier.

    Le 14 juillet l’aile de la roseraie et du noviciat est achevée. Au total, trente-et-une moniales ont changé de gîte en deux jours! Le 16 novembre, pour la fête de sainte Gertrude, Notre Mère dirige l’aménagement du noviciat. Il est inauguré quelques jours plus tard par un enseignement sur l’idéal du moine : être disciple.

    2000 – 2001

    Nous ne sommes pas allées à Rome pour le Jubilé de l’an 2000, mais la maquette du monastère y fut transportée et fut bénie sur la place Saint-Pierre!

    Octobre : aidées par nos familles et amis, nous acquérons la “Villa du Pesquié” qui était la maison de maître de la propriété. Notre Mère se remet à faire des plans d’aménagement de façon à en faire une maison accueillante pour nos familles et amis, sans oublier les scouts!

    Nous fêtons le 29 janvier 2001 les 10 ans d’arrivée en Ariège des premières moniales par un pèlerinage à St Jean de Verges.

    Les travaux de la villa, devenue “Maison St Benoît” se poursuivent ainsi que les défrichages aux alentours. Nous avons regagné plusieurs hectares de terres cultivables sur des bois.

    2002

    P9 clocherNotre projet en 2002 ? Un clocher ! Il permet ainsi de rapatrier les cloches d’Ozon et appellera à la louange les moniales, la vallée d’alentour, et aussi de joyeuses recrues qui s’écrieront : “Nous voici !”

    La bénédiction de la première pierre du clocher a lieu le 11 juillet 2002, jour de la Saint

    Benoît, avec pour inscription “Que rien ne soit préféré à l’oeuvre de Dieu” (Ch. 43, Règle)

    2003

    Depuis Pâques 2003, les  cinq cloches rythment la vie du monastère et rappellent à toute la vallée le primat de Dieu. Notre clocher se dresse attendant l’Eglise abbatiale… Plans, études des coûts, visites de différents monastères et de leur église, étude de l’implantation dans un site difficile… voici, entre autre, le travail effectué ces dernières années.

        Dès le mois d’octobre 2010 l’aventure de ce nouveau chantier commence ! Nous vous remercions pour les prières et l’aide que vous pourrez nous apporter.

     2011

    Début du chantier de l’abbatiale. Retrouver les nouvelles du chantier.