De Madiran à Ozon

    Ozon

    En 1933, le monastère bénédictin fondé à Dourgne par Madame Marie Cronier était florissant et on décida d’une nouvelle fondation dans les Hautes-Pyrénées, à Madiran, au diocèse de Tarbes et Lourdes. Mère Immaculata de Franclieu fut désignée comme prieure en 1934, et inaugura donc avec 17 moniales la vie monastique à Madiran.

    Les entrées dans la vie monastique se multipliant et la communauté devenant nombreuse, le chapitre de la Congrégation de Subiaco, en 1946, obtint pour les deux monastères de Madiran l’érection en abbaye. Le 12 février 1947 eut lieu la bénédiction de Notre Mère Immaculata de Franclieu. La joie était grande, il est vrai, et beaucoup la perçurent, d’autant que l’humilité du cadre contrastait avec l’allure grandiose des cérémonies.

    “A travers la pauvreté de Madiran, l’essentiel éclatait : une abbesse qui était comme une lumière ; une grande charité fraternelle ; les énergies tendues vers un but commun. Et l’on travaillait avec acharnement, courage et dévouement. L’unité, la charité, la vigueur, la pauvreté joyeuse et la solitude nous vouaient à la recherche exclusive de Dieu. Ce qui fait la moniale, ce n’est pas le cloître ou la stalle, c’est le coeur donné” (Mère Marie-Bernard, deuxième abbesse)

    Elle aimait beaucoup Madiran, maison de son enfance monastique. Le prieuré était fond depuis neuf ans, il comptait environ vingt-cinq moniales qui se serraient dans des locaux exigus, mais qui étaient aussi, selon l’expression du Père Emmanuel de Floris “unies comme les grains d’une grappe de raisin”.

     Mais l’été 1949 connut une terrible sécheresse, le potager fut abandonné et le monastère approvisionné en eau par les voyages de Cadichon qui plusieurs fois par jour apportait une tonne d’au remplie à une fontaine du pays. On vit bien alors qu’édifier à Madiran les nouveaux bâtiments devenus indispensables pour le nombre grandissant de moniales ne serait pas sage, il fallait trouver un gîte. Notre Mère sillonna alors le diocèse : elle ne trouva pas l’église romane dont elle rêvait mais la propriété d’Ozon qui un jour fut mise en vente. Grâce aux chèques d’innombrables amis (déjà à cette époque!), on l’acheta en 1950.

    Plans, devis, choix d’une entreprise, occupations de toutes sortes et soucis financiers. L’été 1954 fut très dur pour Notre Mère qu’une crise cardiaque tint longtemps alitée, mais les travaux continuèrent lentement. Pendant près de trois ans un petit groupe de moniales fut sur place pour commencer l’exploitation agricole ; Notre Mère souffrait de cette séparation. Enfin, la communauté réunie chante les premières Vêpres de la Toussaint de l’Ordre dans la chapelle d’Ozon le 12 novembre 1955.

    Un imprévu piquant est resté dans les annales : au moment où chacune attendait un peu d’eau – chaude – pour se remettre des labeurs de l’installation de la journée écoulée, il n’y eut d’eau, ni chaude, ni froide ; l’adduction d’eau n’était pas réalisée! La pénurie qui nous avait chassées de Madiran nous poursuivait et on dut même retourner y faire la lessive… Le côté humoristique de cette aventure nous aida beaucoup. On ne philosophait pas, on vivait.

    La vente de Madiran fut le souci lancinant des années qui suivirent, jusqu’en 1963 quand l’affaire aboutit. Puis il fallut construire car de nouveau les cellules manquaient et la chapelle était de plus en plus exiguë…